Bea

Octobre 1971 : j’arrive sur terre en bas à gauche, à Montevideo, en Uruguay. Une maison familiale en ville, une autre à la plage. Beaucoup d’amour, des grands parents érudits, des parents militants et studieux à la fois et ma grande sœur qui me devance de deux ans. Il y a aussi une faune sauvée par mon biologiste de père : Chito le singe, des mygales, des couleuvres, des tortues et un tatou, et deux chiens. Les souvenirs se mêlent aux nombreuses photos et aux récits qui ont pour personnage principal tantôt la maison elle-même, tantôt les amis artistes ou écrivains, tantôt les fêtes qui réunissent tout ce beau monde.  

Ça sent la viande tendre, les « milanesas », le dulce de leche et les pâtisseries incroyables qui nous rappellent bien qu’on vient d’Italie.  

Enfance et adolescence (1975 – 1989) : C’est bien tout ça, c’est chaleureux, familial, convivial… mais ça chauffe dehors. Les universités se vident de leurs étudiants, et les profs n’ont plus les moyens de donner cours. On part et on est accueillis en France, à Villeneuve d’Ascq qui sort à peine de terre. Grande section de maternelle, les copains et une affection grandissante pour cette ville nouvelle, terrain de jeu fabuleux avec ses parcs et ses passerelles. On nous parle espagnol à la maison, et français ailleurs. Alors nous, on décide de parler français tout le temps, c’est plus facile et ça fait progresser nos parents. On garde l’espagnol pour les grands parents qui viennent passer quelques mois chez nous chaque année.  

Au bout de 3 ans, on est déjà 3 filles et 2 ans plus tard on est 4 ! Les deux dernières sont les petites « françaises ».  

Là c’est plutôt HLM, Nesquik, biscottes, fishsticks et mayonnaise en tube. Le nouveau monde en quelque sorte.  

L’adolescence, c’est la maison qui accueille des générations de potes, mes premières sorties avec ma BFF, le lycée avec des profs supers et d’autres moins, Marguerite Duras et François Truffaut qui était devenus mes amis imaginaires, mes cours de piano à Lille grâce au tout nouveau métro, et moi qui passe ma vie à « changer ma chambre » ; ce qui consiste à changer le mobilier de place régulièrement, comme si je me construisais une nouvelle petite maison, rien qu’à moi, autour de mon lit, mon bureau et mon piano.   

Jusque 1997 : Après le BAC, les études d’architecture à Tournai, c’est la fascination pour la ville, les lectures de Calvino, les cours d’urbanisme passionnants, les soirées au bar archi, la 4ème année à Barcelone que je redécouvre avec plaisir. Et puis je deviens architecte.  

Là, c’est la découverte de Tournai, le Carnaval, le groupe de potes qui s’élargit encore tout en travaillant de l’autre côté de la frontière. Et beaucoup d’années à faire cette navette Tournai / Lille / Tournai, avec un travail prenant grâce à une super équipe et des objectifs tellement vertueux.  

Et après ? En 2012, inimaginable, sincère et en même temps, nécessaire pour la suite, on se marie ! Puis je deviens maman de Martha en 2014. Là tout devient différent, étrange et beau à la fois, difficile parfois, mais toujours dans le dialogue et l’amour. Une chance pour nous. 

2019-2020 : Patatras, pas simple à comprendre même pour moi, j’ai besoin d’un break, qui devient finalement une rupture dans ma vie professionnelle. La douceur du confinement et du noyau familial commence à me sauver… Et puis, une après-midi joyeuse, en famille, et hop, arrive l’idée de créer ce lieu de bouffe et de culture avec mes deux acolytes. La joie revient, le boulot aussi, les idées fusent et on se remonte les manches.  

Mars 2024 : Nous voilà !